mercredi 13 janvier 2016

Art nouveau et Art déco à Auteuil


L’ancien village d’Auteuil a été, au début du 20ème siècle, un lieu d’expériences architecturales, grâce à l’émergence d’une bourgeoisie aisée qui se voulait d'avant-garde.                                                        
Nous avons découvert quelques immeubles Art Nouveau, notamment ceux d’Hector Guimard, et Art Déco, avec les constructions d’Henri Sauvage.
Henri Sauvage est considéré comme l’un des principaux architectes français du premier tiers du XXe siècle. Né en 1873 à Rouen, il est mort à Paris en 1932. De l’Art Nouveau à l’Art Déco, Sauvage est l’un des rares créateurs de sa génération à avoir constamment renouvelé son style. Il a réalisé, entre autres, la villa de Louis Majorelle à Nancy et l’immeuble à gradins du 26 rue Vavin à Paris(1912-1913), et les magasins 2 et 3 de la Samaritaine (1925-1930).                                             Au numéro 65 rue Jean de La Fontaine se dresse un immeuble d’ateliers d’artistes qu’il a construit en 1926-1927. Il s’agit du « studio building », qui regroupait à l’origine une cinquantaine d’ateliers. Autour d’une cour intérieure, il a dessiné 13 ateliers par niveau, desservis par des coursives intérieures. Cet immeuble était destiné à une clientèle moderne, sensible aux références architecturales américaines de l’époque, à savoir les buildings.                                                          Ses exigences esthétiques, techniques, urbanistiques et sociales ont influencé plusieurs générations d'architectes : en particulier  Le Corbusier ou Robert Mallet-Stevens, qui considérèrent Sauvage comme un précurseur de l'architecture moderne.



* Au 9 rue Erlanger,  une villa de 1884 construite par l’architecte Paul Sédille dans le style italien.  C’était l’hôtel particulier de Camille Weber, l’un des rares à ne pas avoir été démoli dans ce secteur.                                                                              
 * “J’aime l’architecture, et si je l’aime, c’est parce qu’elle comprend, dans son essence, dans sa formule, dans sa fonction, et dans toutes ses manifestations « tous les autres arts », sans exception” (ref : Architectural Record, vol. XII, n°2, 1902) : c’est ainsi qu’Hector Guimard définissait son métier.
Il a été très influencé par l’architecte belge, père de l’Art Nouveau, Victor Horta. C'est lui qui a réalisé ce que l'on appelle des "édicules », les entrées du métro parisien.
« L’hôtel Mezzara » au N° 60 rue Jean de La Fontaine a été construit en 1910-1911 pour Paul Mezzara, un vénitien qui vendait des tissus. La maison a été vendue en 1930 à un cours privé puis en 1956 à l’Education Nationale qui l’a transformé en annexe d’un foyer de lycéennes.
En 1909, il offre en cadeau de noces à Adeline Oppenheim, richissime américaine, artiste peintre, l’hôtel particulier du 122 avenue Mozart, appelé aujourd’hui « L’hôtel Guimard ».
Le rez-de-chaussée abritait son agence, le premier étage la réception, le second les chambres, le troisième l’atelier de Mme Guimard, avec une verrière donnant sur la villa de Flore.
C’est avec son épouse, qui était juive, qu’il s’est exilé à New York par crainte de la guerre, et c’est là qu’il est mort, dans un oubli certain.






Histoire de la bièvre


La Bièvre, une rivière souterraine

 La Bièvre prend sa source à Guyancourt, dans les Yvelines, passe par l’Hay les Roses, Cachan, Arcueil et Gentilly, et se jette dans la Seine, au niveau de la gare d'Austerlitz, exactement sous le pont du métro reliant la Gare d'Austerlitz à la Gare de Lyon. Considérée comme un égout de la capitale, elle est enterrée sous le sol parisien, mais elle est pourtant une rivière bien vivante, qui parcourt un peu moins de quarante kilomètres. Aujourd'hui, son lit urbain est entièrement recouvert par un important remblai, mais des plaques indiquent son passage, et certains noms de rues ou de lieux rappellent son souvenir.
Les traces dans le paysage parisien

La rue de Bièvre, dans le 5e arrondissement, est la trace la plus évidente laissée par la rivière à Paris. Elle se sépare en deux bras qui se rejoignent à l'angle de la rue Mouffetard et de la rue Monge, toujours dans le 5e arrondissement. Ensuite, la Bièvre rejoint la Seine, en ligne droite, en longeant le Jardin des Plantes.


L’ histoire de la Bièvre

De racine latine, la Bièvre signifierait « biber », ancien nom donné au castor. Aucun castor n’ayant été observé aux alentours, une autre étymologie latine y a été associée : « beber », désignant un élément de couleur brune. Les eaux de la Bièvre étaient en effet de cette couleur… De même, la racine Gallo-Romaine « bibere » signifie « boire ».
Une étymologie encore incertain, cependant, vers la fin du XVIII° siècle, les armoiries du 13° arrondissement sont figurativement portées par… deux castors.

Jusqu'en 1860, date à laquelle le faubourg Saint-Marcel, entre la Place d’Italie et le quartier des Gobelins, est rattaché à la capitale, le cours de la Bièvre circule dans Paris sur une assez courte distance. La rivière sillonne surtout à travers ce faubourg industriel du sud parisien et alimente en eau les ateliers des teinturiers, tanneurs, tisserands, installés dans les moulins qui la bordent.
Utilisées pour l’exercice de nombreuses activités artisanales et médicales, les eaux de la Bièvre sont rapidement réputées pour dégager une odeur pestilentielle : abattoirs et hôpitaux y rejettent des déchets organiques pourrissants, les eaux d’égouts s’y mélangent, tanneurs et teinturiers y plongent divers matériaux d’origine animale : autant d’activités source d’insalubrité, associées à la présence de moulins provoquant des interruptions du flux du cours d’eau, le tout à l’origine d’eaux stagnantes…

Au XVIIIe siècle, la Bièvre est devenue insalubre. Des déchets arrivent même de la Montagne Sainte-Geneviève, via le canal Victorin, déjà considéré comme un égout.

Dès le début du XIXe siècle, des projets voient le jour pour résoudre ce grave problème de santé publique.
En 1822, la canalisation de la Bièvre est proposée. Les travaux débutent en 1828 et s'achèvent en 1840, la première étape étant la destruction des moulins. Malgré cela, la Bièvre reste insalubre car elle continue toujours à recevoir les déchets des industries qui la bordent.

Une solution radicale est alors envisagée, en 1868 : sa couverture. Le remblai nécessite un travail colossal et l'expropriation des riverains coûte une fortune.

En 1902, la majorité du cours parisien de la Bièvre est ensevelie. Il reste seulement 540 mètres découverts, de la rue Croulebarbe au boulevard Arago, c'est-à-dire le long de la manufacture des Gobelins. Ce "bief des Gobelins" subsiste encore pendant dix ans et, en 1912, il ne reste plus de trace de la Bièvre à Paris, si ce n'est la toponymie et le tracé des rues.
Pourtant, elle n'a pas quitté les mémoires et aujourd'hui des initiatives diverses tentent de la ressusciter. Cette volonté se heurte au coût d’une telle opération, et pour l’instant la Bièvre n’est représentée que par des dalles indiquant aux promeneurs l’existence de la rivière sur le chemin de son ancien parcours.

Notre Promenade
Nous nous sommes retrouvés au café de la Grande Mosquée. Il s'agit de la plus grande mosquée de Paris, et c'est également la première construite en France, inaugurée en 1926. Dans le quartier, de nombreuses plaques soulignent le passage de la rivière.
Le Quartier des Gobelins
La prestigieuse Manufacture des Gobelins a été construite dans ce quartier car historiquement, c’est celui des teinturiers, des tanneurs et autres métiers qui nécessitaient d’abondants volumes d’eau.
La tapisserie des Gobelins, fondée en 1667 par Colbert, doit son nom au teinturier champenois Jehan Gobelin, installé sur les rives de la Bièvre en 1447, et patriarche d’une longue lignée de teinturiers. Il a donné son nom au quartier, puis à la Manufacture royale.
La manufacture est aujourd’hui encore en activité. Le Mobilier National, qui fait partie de la Manufacture des Gobelins, a pour mission de meubler et restaurer les objets de décoration des bâtiments officiels de la République.
La rue Croulebarbe s’appelle à partir d’ici rue Berbier du Mets. C’est elle qui suit assez exactement le cours de la Bièvre, comme on peut le voir en regardant la courbe sinueuse que dessine cette rue sur un plan de Paris.
Nous avons fait un petit détour par  la rue Gustave Geoffroy  et l’îlot de la Reine Blanche. Il y a là un ensemble d’habitations parmi les plus anciennes de Paris. L’îlot était la propriété de la Manufacture des Gobelins. La légende veut qu’à cet emplacement la fille de Saint Louis, Blanche, y construisit un hôtel dans lequel elle a habité.









Le renouveau artistique dans le quartier de Montsouris


Le quartier a connu une urbanisation tardive par rapport au reste du 14e arrondissement, Le lieu était fréquenté surtout par une population déshéritée vivant aux marges de Paris. Les cultures maraîchères ont persisté jusqu’à la fin du XIXe siècle.                                                                                             La création du parc Montsouris et les travaux urbanistiques d’Haussmann ont donc marqué un tournant décisif dans l’histoire du quartier.                                                                                                Le parc, déclaré d’utilité publique en 1865 et ouvert en 1878, a été aménagé sous la direction du préfet Haussmann et de son ingénieur chargé des promenades et plantations, Alphand.
De nombreux artistes ont quitté Montparnasse, devenu trop cher pour trouver ici un havre de paix et des terrains à des prix abordables. La Villa Seurat, essentiellement construite avec des maisons-ateliers réalisées par l’architecte André Lurçat, est le modèle le plus abouti de cette nouvelle migration artistique.
Ce quartier a donc acquis son caractère particulier grâce aux nombreux artistes, tels les peintres Amédée Ozenfant, ou Georges Braque, qui y ont fait construire leurs ateliers.   Ils ont fait  appel aux architectes les plus novateurs de leur temps, Le Corbusier, André Lurçat ou Auguste Perret. Toutes les tendances du style architectural moderne apparues dès les années 1920 (le cubisme par exemple) se trouvent donc représentées dans ce périmètre.
Ce renouveau architectural et artistique est renforcé dès 1922 par la création de la Cité Universitaire Internationale
Villa Seurat - 101-103 rue de la Tombe-Issoire
Cette cité d’artistes, conçue par l’architecte André Lurçat, est exemplaire du modernisme des années 1920 malgré la modestie des matéeiaux. C’est par l’intermédiaire de son frère Jean, grand rénovateur en France des techniques de la tapisserie, que l’architecte André Lurçat  a reçu les commandes successives d’artistes voulant habiter dans des villas modernes, sur des terrains constructibles en limite de la ville moins chers qu’à Montparnasse.                                                                                 La Villa Seurat a été en son temps une véritable cité d’artistes : elle accueillit Soutine, Gromaire, Goerg, mais aussi Henry Miller, au no 18, où il écrivit ses Tropiques. La première maison, édifiée en 1924, est celle de Jean Lurçat, au no 4.
Atelier du peintre Ozenfant
L’atelier Ozenfant, construit en 1922-1923, est la première réalisation des idées nouvelles de Le Corbusier : un atelier-logement situé 53 avenue Reille, à proximité du parc Montsouris et sur une parcelle d’angle construit pour son collègue et ami, le peintre Amédée Ozenfant.
6 rue Georges-Braque
Résidence-atelier du peintre Georges Braque édifiée par Auguste et Gustave Perret en 1927-1930.
9 rue Georges-Braque
Maison-atelier du peintre chinois M. Oui, réalisée par l'architecte Raymond Fischer en 1927. Edifice très caractéristique par ses jeux de volumes de la modernité architecturale de l’époque.

Montparnasse au temps des années folles


Montparnasse au temps des Années Folles

Le nom de ce quartier a été donné par les étudiants qui venaient déclamer des vers sur la butte formée par des remblais au 15ème siècle, en référence au mont Parnasse, résidence des Muses de la mythologie grecque. La colline a été rasée pour tracer le boulevard du Montparnasse au XVIIIème siècle, lieu de promenade de la ville.
Dès la Révolution Française, de nombreuses salles de danse et cabarets s'y installent, dont le célèbre bal Bullier.
L’exposition universelle de 1889 et la vie artistique déjà si riche de Montmartre, attirent de nombreux artistes. Montmartre est alors le cœur de la vie intellectuelle et artistique à Paris, avec ses cafés qui entreront dans l'histoire de l'art. Devenu " tape à l’œil ", il est déserté par les artistes qui lui préfèrent les loyers modérés de Montparnasse et vont choisir ce quartier populaire plus au centre de Paris. Pablo Picasso y aménage parmi les premiers.
Montparnasse va connaître son apogée dans les années 1920, les Années folles. A cette époque, de nombreux artistes de pays très divers sont attirés par le rayonnement intact de Paris. Certains se réfugient dans la “Ruche”, passage Dantzig, qui offre des ateliers aux prix raisonnables. Les artistes du monde entier se croisent dans cette impasse, Chagall, Léger, Zadkine, Soutine. Rue Campagne Première s’installent Man Ray, Rilke, Foujita, Aragon.  
Ces artistes, qu’on appelle Les Montparnos vont rapidement attirer des commanditaires, pas uniquement français, à la recherche de talents nouveaux. Dans cette communauté mondialisée qui formera l'Ecole de Paris, la créativité était accueillie comme la promesse d'un renouvellement artistique. Quand Tsuguharu Foujita débarque du Japon  en 1913, ne connaissant personne, il rencontre Soutine venu de Lituanie, Modigliani et Fernand Léger pratiquement la même nuit, et en quelques semaines devient ami avec Juan Gris, Picasso et Henri Matisse.
Venus rencontrer cette communauté artistique qui mène une existence de saltimbanques et qui a de grosses difficultés à gagner sa vie, des amateurs d'art fortunes, surtout venus des Etats-Unis , comme Gertrude Stein, Peggy Guggenheim, Edith Wharton deviennent leurs mécènes.
Les cafés, bars et bistrots, notamment ceux du carrefour Vavin,  sont des lieux de rencontre où les artistes viennent à la fois échanger avec d’autres artistes et négocier. Les cafés comme le Dôme, la Closerie des Lilas, la Rotonde, le Select et la Coupole , ainsi que le Boeuf sur le toit  (toujours ouverts) acceptent que des artistes affamés occupent une table pour toute la soirée pour un prix dérisoire. S'ils s'endorment, les serveurs ont pour instruction de ne pas les déranger. Les disputes sont courantes, certaines nées de polémiques, d'autres de l'alcool, et la coutume veut que même lorsque l'affrontement tourne aux coups, la police n'est pas appelée. Si les artistes ne pouvent payer leur facture, le propriétaire de La Rotonde, Victor Libion , accepte souvent un croquis. Aussi les murs des cafés sont couverts d'une collection d'œuvres d'art.
La vie nocturne est également passée dans la légende, comme les nuits chaudes du Bar Dingo au 10 rue Delambre. Parmi ceux qui faisaient Montparnasse by night, on peut aussi signaler les écrivains Ernest Hemingway et Francis Scott Fitzgerald. 



L’Académie de la Grande Chaumière

À ses tous débuts, lorsque l'Académie avait ses locaux Quai des Orfèvres, Delacroix, Manet, Picasso et Cézanne ont participé à sa création.  Reste aussi le souvenir d’autres peintres qui ont marqué l’histoire de la peinture : Gauguin, Modigliani, André Lhote séjournent dans la maison mitoyenne de l’atelier où ils pratiquent leur art : modèle vivant, nu, croquis, fusain, dessin, peinture à l'huile…                                                                
L'Académie de la Grande Chaumière est la seule institution qui, au début
 du siècle, a ouvert la voie à l'Art Indépendant, laissant s'exprimer toutes les formes ou techniques.

Kiki de Montparnasse

Née Alice Ernestine Prin en 1901 elle était surnommée « la Reine de Montparnasse ».
Elle est devenue le modèle, la muse et parfois l’amante d’artistes célèbres.
En 1917,  elle est bonne à tout faire chez une boulangère. Pour gagner de quoi vivre, elle pose nue pour un sculpteur. Elle fréquente la brasseri La Rotonde, mais au bar seulement. Pour avoir le droit de s’asseoir dans la salle, une femme doit porter un chapeau.
Elle pose bientôt pour Modigliani et Foujita, adopte la coiffure à la garçonne et le pseudonyme de Kiki.
En 1929, elle publie un livre de souvenirs, préfacé par Hemingway, interdit aux Etats-Unis pour cause de propos jugés “scabreux”. Elle tombe dans la drogue et l’alcool, ouvre un cabaret à St Tropez, et meurt prématurément à 52 ans en 1953.



Kiki


Kiki photographiée par Man Ray




Modigliani, Picasso et le critique d'art André Salomon



Films évoqués durant notre conversation à la Closerie des Lilas :

Les Amants de Montparnasse de Jacques Becker avec Gérard Philipe et Anouk Aimée
A bout de souffle de Jean-Luc Godard avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg
Un Homme et une Femme de Claude Lelouch avec Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant

Livres
Souvenirs retrouvés de Kiki de Montparnasse
Le temps d'un soupir d'Anne Philipe